En Suède, la sécurité routière des enfants ne repose pas uniquement sur des lois, mais sur ce qu’ils appellent le « Gentlemen’s Agreement » (le consensus suédois). Un accord tacite et puissant entre tous les acteurs — autorités, constructeurs automobiles, fabricants de sièges et parents — autour d’un principe unique concernant la sécurité des enfants en voiture : le dos à la route le plus longtemps possible (au moins jusqu’à 4 ans).
Un boycott volontaire pour protéger les enfants
Le cœur de ce secret suédois est simple mais radical : « Afin d’éviter l’introduction de sièges auto dangereux, les sièges face à la route pour jeunes enfants ne doivent être ni présentés sur les sites internet, ni vendus en magasin. » C’est un engagement éthique des distributeurs. Certains ont bien essayé de faire autrement avant d’être vivement critiqués et lynchés sur les réseaux. En Suède, le profit ne passe pas avant la sécurité. Là où les fabricants proposent des sièges rotatifs 360° (face route possible dès 15 mois) pour le marché européen, ils adaptent leurs modèles spécifiquement pour le marché suédois afin de bloquer l’utilisation en dos route prolongé.
- Joie : On trouve l’i-Spin 360 en France, mais le modèle i-Spin Safe (uniquement dos route et Plus Test) en Suède.
- BeSafe : Le nouveau excellent Beyond 360 est disponible chez nous, tandis que la version Beyond (stricte dos route) est la norme là-bas. C’est le cas pour presque toute leur gamme.
- Thule : Le récent Elm existe en version pivotante face route en France, mais reste strictement dos route en Suède.
- Britax & Maxi-Cosi : Ces géants déclinent eux aussi des versions spécifiques, épurées de l’option face-route, pour respecter ce consensus national.
- A ce jour seul Axkid, marque Suédoise, continue de n’accepter aucun compromis dans sa gamme au détriment de ses ventes et de ses implantations magasin ! Du dos route et uniquement du dos route pour les moins de 4 ans.
La France : Un désert de cohérence, un « pays du tiers monde » de la sécurité auto
C’est un constat difficile à entendre, mais il vient directement de nos voisins suédois, leaders mondiaux en la matière : « La France, l’Espagne et bien d’autres sont considérés comme des pays du tiers monde en ce qui concerne la sécurité des enfants en voiture« . Cette phrase, issue de l’article de Carseat.se, illustre parfaitement le gouffre qui nous sépare du modèle suédois.
Le manque de consensus global touche toutes les strates de la société :
- Les organismes officiels & Assureurs : La Sécurité Routière, la Prévention Routière et de nombreux assureurs communiquent encore trop peu, ou mal. On retrouve régulièrement des erreurs flagrantes sur leurs supports (visuels d’enfants mal attachés, conseils obsolètes sur l’âge de passage au face-route).
- Le corps médical, la petite enfance, les revendeurs : Maternités, pédiatres, médecins généralistes ou assistantes maternelles, magasin de puériculture… aucun ne reçoit de formation officielle indépendante (autre que par des marques) sur la sécurité auto.
Aujourd’hui, la sécurité d’un enfant dépend de l’initiative personnelle du professionnel de la « chance » du parent de tomber sur une personne informée. Si certains pro et magasins font un travail remarquable, d’autres continuent de diffuser des informations erronées sur la sécurité (quand l’enfant tient sa tête on peut passer face route). Certains magasin refusent même de vendre des sièges exclusivement dos route, parce qu’ils n’ont pas de demande… - L’absence du Gouvernement : Contrairement à la Suède où l’État valide et soutient le dos route jusqu’à 4-6 ans, les autorités françaises restent timides, se contentant du minimum légal sans porter de message fort de santé publique… Pire il participe à la diffusion de fausses informations.
Le problème ne s’arrête pas au dos route !
Le manque de consensus ne se limite pas au débat dos route vs face route. Il s’étend à tous les aspects de la sécurité des enfants en voiture. Prenons des exemples concrets :
L’association prévention routière (La toise « Mobilisafe »)
Quand les organismes censés éduquer diffusent des erreurs, le consensus devient impossible. La toise de la Prévention Routière, utilisée pour les journée de sensibilisation, en est l’illustration parfaite.

Le visuel présente :
- Le dos à la route comme limité à 45–85 cm et donne l’impression d’être réservé au siège bébé, quand on sait que c’est 5x plus sûr jusqu’à 4 ans.
- Le siège baquet face route utilisable de 65 à 105cm, sans aucune mention du min légal de 15 mois et 76cm
- Le siège rehausseur comme utilisable de 95 à 135cm alors que, selon la réglementation, son usage est interdit avant 100cm, et permis par tous les modèles jusqu’à 150cm
- Le siège de voiture est indiqué dès 135cm, alors que cette mention n’a aucune valeur en France, ni selon la reglementation, ni selon le code de la route. Un réhausseur est obligatoire jusqu’à 10 ans + une morphologie adaptée au port de la ceinture (Le consensus expert étant plutôt de 10/12 ans et 150cm)
Une mention minuscule en bas de l’affiche rappelle que le dos route doit être prolongé autant que possible et que la ceinture peut être mal positionnée au-delà de 135 cm. Ces informations essentielles sont masquées par le message principal simplifié beaucoup plus visibles.
Le gouvernement et la Sécurité routière : dépliant et flyer
Le dépliant officiel (Gouvernement/Sécurité Routière) : Même ici, après des correctifs, des erreurs persistent.
- Ils cantonnent le dos route à 83cm seulement dans la catégorie siège bébé, et indiquent dans la catégorie « jusqu’à 1m » que l’enfant se sent plus à l’aise assis, et qu’il peut « mieux résister aux forces qui le propulse vers l’avant » 😱 !
- Ils limitent le siège 2e âge à 100 cm (ce qui n’existe pas du tout) oubliant les modèles allant jusqu’à 105, voire 125 cm. Sans parler des notions de « tablette de protection » ou « siège à réceptacle » pour parler des sièges bouclier.
- Ils se cantonne à l’âge max (10 ans) pour arrêter réhausseur, omettant la notion cruciale de morphologie nécéssaire au bon port de la ceinture.
- Ils indiquent aussi toujours des notions de poids minimum qui n’existent plus du tout




Le flyer, une contribution Sécurange
En avril 2024, nous avions eu la chance de pouvoir contribuer à la mise à jour de l’affiche « En voiture ».
Nous avions beaucoup apprécié d’avoir été sollicités, malheureusement tous les retours n’ont pas été appliqués et nous n’avons plus eu aucun échange par la suite.
Les assureurs
Les assureurs (Groupama, Allianz, Generali, GMF et tant d’autres) copient-collent ces erreurs sur leurs sites pour « conseiller » leurs clients.
- Toujours les notions de groupes plus du tout d’actualité sous la réglementation R129
- Toujours la notion de face route précoce 9kg, 9 mois, 80cm…
- Toujours la notion de réhausseur jusqu’à 135cm



Un contraste médiatique saisissant
Le fossé entre nos deux pays ne se mesure pas qu’en statistiques, il se voit aussi dans la réactivité des médias. En octobre 2025, lorsque l’ADAC et le TCS ont publié leurs tests révélant deux nouveaux modèles de sièges auto jugés « très dangereux » dont le Top vente AMAZON, la télévision nationale suédoise s’est immédiatement emparée de l’alerte pour informer les familles.
En France ? Silence radio. Aucune chaîne de grande écoute, aucun grand quotidien n’a relayé cette information vitale. Ce « consensus suédois », c’est aussi cette capacité à faire de la sécurité des enfants une priorité d’information nationale, là où la France reste dans une passivité alarmante.

Le poids de l’ignorance institutionnelle
Le problème de la sécurité auto en France ne s’arrête pas aux brochures des assureurs ; il s’étend jusqu’aux forces de l’ordre. Il n’est pas rare de recevoir des témoignages de parents sur le groupe Sécurange interpellés par la police ou la gendarmerie.
Le motif ? Un enfant de 3 ou 4 ans encore installé en « Dos à la route ». Plutôt que d’être félicités pour cette protection optimale, ces parents subissent des menaces d’amende et des remarques déplacées d’agents persuadés qu’à cet âge, un siège « normal » (entendre : face à la route) est obligatoire.
Conclusion : Vers un « Pacte de Sécurité » à la française ?
Le modèle suédois nous prouve qu’une sécurité routière d’excellence ne repose pas sur la multiplication des lois, mais sur la cohérence des messages. En Suède, le profit s’efface devant la protection des enfants. Une étude Folksam confirme qu’entre 2015 et 2024, la Suède a enregistré en moyenne 1,2 décès d’enfant (0-6 ans) passager par an. Sur les quatre dernières années (2021-2024), ce chiffre est même tombé à environ 1 enfant par an. C’est le taux le plus bas jamais enregistré au monde pour cette catégorie.

En France, nous avons le cadre légal (R129) mais pas l’expertise et il nous manque ce fameux consensus. Bilan définitif 2024 : Synthèse ONISR indique encore 46 tués et 730 enfants blessés graves chez les 0-13 ans et Bilan provisoire 2025 Communiqué ONISR 58 enfants de 0-13 ans sont décédés, 800 enfants (0-13 ans) sont blessés graves, un bilan en hausse par rapport à 2024 (+ 13 %)
Alors les pays n’étudient pas exactement la même tranche d’âge et les Suédois sont moins de 11 millions quand nous sommes 69 millions d’habitants… mais quand on frôle les 0%… cela reste tout de même près de 6x plus et un niveau de connaissance infiniment moins bon !
- Il est urgent que les assureurs et les organismes de prévention cessent les copier-coller de infos obsolètes pour s’appuyer sur des contenus vérifiés.
- Il est vital que les professionnels de santé et de la petite enfance reçoivent une formation indépendante pour porter un message unique et fiable.
- Il est nécessaire que les parents ne soient plus les seuls à porter la responsabilité de « chercher la bonne info » dans un océan de conseils contradictoires.
Le « tiers-monde de la sécurité auto » n’est pas une fatalité. Mais pour en sortir, la France doit troquer ses approximations pour une exigence scientifique commune. Parce qu’en cas de choc, ce n’est pas la brochure de votre assureur qui protègera votre enfant, c’est le siège dans lequel il est attaché et la direction dans laquelle il regarde !
Il est temps de passer au consensus. Pendant ce temps Sécurange ne cesse depuis 13 ans de vous informer gratuitement et indépendamment et on continuera aussi longtemps que nécessaire.

C’est une évidence, et merci de le rappeler. Cependant, en France, toute la Culture est à refaire. Combien de parents font croquer leurs enfants quotidiennement dans leur pain au chocolat alors qu’ils sont âgés de 8 mois, 1 an, A an et demi, 2 ans ? Des tonnes, des tas… Combien de crèches pour fêter Pâques avec les enfants de 6 mois à 3 ans sont en train d’organiser des chasse aux oeufs en chocolat au lait… ? C’est un exemple bien plus visible, l’alimentation, mais corrélé : ici, les parents restent dans des croyances que les lobby ont dessinés avec les politiques pendant des décennies, et ne se renseignent pas, voire s’appuient sur des soit-disant recommandations ou des « mais on ne va pas mourir pour ça, de mon temps… ». Nous sommes dans un pays inconscient, sale, globalement. Et avec des politiques loins de la Nature, de notre statut de mammifère, c’est différent en Suède. Ne voyons que l’allaitement et l’accouchement pour commencer… Bref. Merci de continuer à informer.
Je suis entièrement d’accord sur tout. Mais malheureusement il faut se rendre à l’évidence : beaucoup trop de parents ne se sentent pas concernés , son fiers qd ils utilisent un rehausseur sans dossier plutot que pas de rehausseur du tout, et enlèvent le rehausseur à 9 ans « parce que 10 ans c’est bientôt et c’est tellement plus pratique ». Sans compter les harnais super lache « parce qu’il doit se sentir serré sinon » et autre « en face à la route je vois mon enfant dans le rétro et puis sinon il doit se sentir seul ». J’avoue qu’après avoir passé une douzaine d’année à informer et prévenir j’ai laissé tombé : je suis une extra terrestre qui voit le mal partout
Oui évidemment on a un rapport culturel aux risques qui n’arrivent qu’aux autres qui est problématique en France :/
bonjour,
je vous rejoins sur l’article, par contre votre article serait encore plus pertinent si les comparaisons étaient rapportées en pourcentage. parce que le nombre d’enfants et d’habitants en France est tout de même 7 x plus importants. Et si le chiffre indiqué pour la France correspondait à la même tranche d’âge ce serait encore mieux. ce qui j’imagine au vu des chiffres ne change pas la finalité.
Vous avez raison, il faut réaligner les chiffres mais je n’ai pas la main sur la tranche d’âge choisi par chaque pays dans ses études. Après quand on frôle les 0%… cela reste tout de même près de 6x plus. Et leur niveau de connaissance est tellement meilleur, en effet ca ne change pas la finalité. 🙂 Mais je vais rajouter quelques mots à ce sujet.